Avec Shein, la fast fashion s’accélère encore… jusqu’à quand ?

 (Crédit : © Shutterstock
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Le site de vente de vêtements en ligne Shein pousse le modèle de la fast fashion jusqu’à ses dernières limites. A la clé : des abus sociaux massifs et un désastre environnemental. Au-delà du nouveau géant de la mode rapide, c’est tout le secteur textile qui reste profondément insoutenable et anti-social, en dépit de progrès modestes et d’une bonne dose de greenwashing.

Quoi, vous ne connaissez pas Shein ?! Le site de vente en ligne de vêtements connait pourtant la croissance la plus rapide au monde. Il vient de lever plus d’un milliard de dollars et sa capitalisation boursière dépasse désormais les 100 milliards, soit plus que celles d’Inditex (Zara) et de H&M cumulées ! Signe de son succès : au printemps, Shein a été l’application de shopping la plus téléchargée aux Etats-Unis, un exploit que la marque chinoise a réédité dans une cinquantaine de pays, notamment en Europe. Chez nous aussi, les jeunes ont été conquis par son offre de modèles sans cesse renouvelés à des prix défiant la concurrence. Grâce aux algorithmes, Shein semble capable de proposer les vêtements qui vous feront craquer… Mais ce succès a un prix énorme. Un rapport récent de l’ONG suisse PublicEye a révélé les conditions de travail scandaleuses chez les sous-traitants de Shein à Guangzhou. Les travailleurs et travailleuses sont soumises à des cadences infernales de 11 à 12 heures par jour, avec un seul jour de congé par mois. Ces conditions violent la législation chinoise. Des conditions similaires prévalent dans l’entrepôt géant du groupe, qui tourne vingt-quatre heure sur vingt-quatre avec plus de 10.000 employés.

Textile pas social

Shein n’est que l’incarnation la plus extrême d’une industrie qui reste marquée par des conditions de travail déplorables en dépit d’années de dénonciations par la société civile et les syndicats. La crise sanitaire a même dégradé la situation, puisque les confinements ont contraint les marques à freiner la production, sans qu’elles jugent nécessaire de protéger les travailleurs. Un rapport publié l’an dernier par la Clean Clothes Campaign, une organisation qui milite pour des « vêtements propres », et représenté par achACT en Belgique francophone, a montré que les sous-traitants de marques comme Nike, H&M ou Primark avaient pratiqué des salaires de misère durant la pandémie, quand ils n’avaient tout simplement pas arrêté de les verser ! En janvier, l’Asia Floor Wage Alliance, une organisation soutenue par le CNCD-11.11.11, a détaillé dans un rapport l’ampleur de ce véritable vol de salaires dans de nombreux pays producteurs de textiles. C’est ainsi que, par exemple, à l’occasion de la dernière Saint-Valentin, les travailleurs et travailleuses de plusieurs marques de lingerie, dont Victoria’s secret, ont mené une grande action publique pour réclamer que les arriérés de salaires leur soient enfin payés… en vain.

Désastres environnemental

La crise du Covid-19 a aussi été un catalyseur pour le modèle de la fast fashion. Si les premiers moments de la pandémie ont laissé penser qu’une “mode d’après” se dessinait, celle d’avant a repris ses droits avec l’accélération de la vente en ligne et des achats rapides destructeurs pour l’environnement.

L’industrie textile émet chaque année 1,2 milliards de tonnes de CO2, soit davantage que que les secteurs de l’aviation et de la navigation réunis

Les statistiques montrent que les consommateurs conservent leurs vêtements deux fois moins longtemps qu’ils ne le faisaient il y a quinze ans. On estime que la moitié des produits de la fast fashion sont jetés moins d’un an après la production ! Un tel gâchis a des conséquences visibles dans certains pays, comme au Chili, où des tonnes de vêtements s’entassent dans le désert d’Atacama. Il a aussi des conséquences moins directement évidentes, mais plus dramatiques encore, sur le réchauffement de la planète. L’industrie textile émet chaque année 1,2 milliards de tonnes de CO2, soit davantage que que les secteurs de l’aviation et de la navigation réunis. Le secteur pèse 10% des émissions globales de CO2 !

Or, les campagnes publicitaires de marques qui se disent « durables » ou « éco-responsables » s’apparentent souvent à du greenwashing. Selon un rapport publié l’an dernier au Royaume-Uni, la majorité des prétentions environnementales des grandes marques textiles sont trompeuses ou induisent en erreur.

Le respect des droits humains et environnementaux doit être imposé

Face à ces dérives, les labels et les actions de consommateurs peuvent constituer des avancées dans la bonne direction, comme le montre la cartographie réalisée par Oxfam-Magasins du monde des initiatives de Slow Fashion. Toutefois, ces efforts ne suffisent pas, loin s’en faut. L’industrie doit être tenue légalement de respecter les droits humains, sociaux et environnementaux. L’une des façons d’y parvenir passe par le devoir de vigilance. Des projets de législation existent, à l’international, en Europe et au niveau belge, pour imposer aux marques et aux distributeurs de faire respecter les normes tout au long de la chaîne de production. Il ne doit plus être possible de s’abriter de toute responsabilité derrière des chaînes complexes de sous-traitants. Les modèles volontaires ont montré leurs limites. Imposons des normes contraignantes.

Pour agir en soutien aux luttes de travailleuses de la confection de vêtements, rendez-vous sur achACT.be