Carton rouge à la Coupe du monde au Qatar

La société civile donne un carton rouge a la Coupe du monde au Qatar & interpelle nos responsables politiques
 (Crédit : Source : Print Screen de la vidéo
Crédit : Source : Print Screen de la vidéo

20/10/22, Stade communale du Crossing de Schaerbeek, 20 octobre 2022. Un mois avant le coup d’envoi de la Coupe du monde au Qatar, des activistes ont joué un match de football symbolique entre des multinationales et des travailleurs de la construction, sans règles du jeu équitables, afin de dénoncer les violations des droits humains et du travail dans le secteur de la construction des infrastructures de la Coupe du Monde. Ils réclament aux responsables politiques d’adopter un cadre législatif européen et belge sur le devoir de vigilance, qui devrait permettre d’éviter des situations comme celle du Qatar à l’avenir. Car sans règles du jeu équitables, aucun match ne peut l’être.

La Coupe du monde de football au Qatar est la plus controversée jamais organisée. Des millions de supporters assisteront à des matches joués dans des stades de football climatisés en plein désert pour l’occasion, et construits par des milliers de personnes exploitées. « Si l’un de ces footballeurs venait à mourir alors qu’il joue à la Coupe du monde du Qatar, cette nouvelle ferait rapidement la Une des journaux dans le monde entier. Une couverture plus grande que celle qu’ont reçues les 237 Népalais qui sont morts au Qatar en 2021 », nous a confié Smritee Lama, du syndicat népalais GEFONT. « Avons-nous oublié que chaque vie a un sens ? Même dans la mort, l’inégalité est aussi grande qu’une montagne de l’Himalaya. »

Mamadou Diallo, secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale internationale, l’affirme : “Il n’y a pas de sport propre et vertueux sans le respect des droits des travailleur·euses qui en construisent et entretiennent les infrastructures.

Partout dans le monde, de nombreux joueurs ont déjà dénoncé les abus de cette Coupe du Monde, tant dans les médias qu’en portant des maillots avec des messages symboliques avant leurs matchs. Nos (anciennes) stars de l’équipe nationale belge ont aussi leur avis sur la question. Aline Zeler - avec 111 matchs internationaux à son palmarès, l’une des figures de proue du football féminin belge - soutient notre action : « Je pense qu’il est immoral de confier l’organisation d’un tel événement à un pays qui ne respecte pas les droits humains et environnementaux. On compte plus de 6.500 morts pendant la construction des stades, cela ne devrait pas se reproduire. Et, huit nouveaux stades dans un si petit pays : pas très durable tout cela ! Les droits humains devraient primer sur l’attribution d’un tournoi. Nous devons continuer à en parler et être vigilant·es pour que des vies humaines ne soient pas à nouveau mises en danger. »

Le Qatar ne fait pas exception !

Ce jeu déloyal envers les travailleur·euses se produit dans le monde entier et dans tous les secteurs. Les entreprises fixent les règles, les travailleur·euses et l’environnement en pâtissent. Les masses de produits dans nos armoires sont associés à de nombreuses violations des droits humains et des normes environnementales. Pensez notamment aux minerais contenus dans nos téléphones ou aux travailleur·euses ouïgours forcé·es qui produisent, entre autres, des vêtements et des panneaux solaires pour le marché mondial... Bart Verstraeten, directeur de l’ONG WSM : « Selon les chiffres de l’Organisation internationale du travail (OIT), plus de 2 millions de personnes meurent chaque année à cause d’accidents du travail et de maladies professionnelles. Cela représente 6 000 décès par jour. De nombreux décès pourraient être évités si les entreprises prenaient leurs responsabilités et s’attaquaient aux risques de leurs chaînes d’approvisionnement. Chaque jour de retard signifie plus de morts. »

Des solutions ?

« Ces chaînes d’approvisionnement internationales sont devenues des enchevêtrements opaques de sous-traitances, d’externalisations et de dumpings social. Il y a là de nombreux abus comme ceux du Qatar », ajoutent la CSC, la FGTB et la CGSLB en front commun. « En combinant différents mécanismes, il est possible d’y remédier : un devoir de vigilance des entreprises par le biais de réglementations contraignantes et applicables, des clauses sociales plus fortes dans les accords commerciaux, des garanties sociales pour les produits et services entrant sur le marché belge. »

Appel aux responsables politiques.

Il y a aussi de bonnes nouvelles. Tant en Belgique qu’en Europe, un cadre législatif est en cours d’élaboration qui oblige toutes les entreprises à respecter les droits humains et les normes environnementales tout au long de leur chaîne de valeur : le Duty of Care Act. Cependant, les travaux législatifs avancent très lentement

Nadia Cornejo du CNCD-11.11.11 : « Nos pays voisins disposent déjà d’une telle loi : la France, l’Allemagne, les Pays-Bas viennent d’annoncer un processus pour mettre en place un devoir de vigilance au niveau national ; au niveau européen, une proposition de directive est sur la table et la Belgique doit encore se positionner en tant qu’Etat membre sur cette proposition. La Belgique ne peut être à la traîne. Les citoyen·nes à travers la voix de la société civile demandent des mesures pour protéger l’environnement, les travailleur·euses et les droits humains. Il est temps que la Belgique poursuive le processus législatif au niveau belge et affirme une position ambitieuse pour plus de droits humains et environnementaux au niveau européen. »

#MadeWithRespect

Pour les travailleur·euses impliqué·es dans les chaînes d’approvisionnement du monde entier, une loi significative peut faire la différence entre la vie et la mort. La loi comme ultime défense. Depuis les tribunes du stade de football de Schaerbeek, les militants ont crié avec impatience : « Responsables politiques : mettez en place ces règles du jeu équitables. Adoptez la loi. Faites-le maintenant et évitez ainsi les abus à l’avenir. MadeWithRespect ! Plus jamais de ‘Qatarstrophe’ ! »

Cette action a été organisée par l’ONG WSM, et menée avec la coalition d’ONG et de syndicats derrière la campagne #MadeWithRespect (« Les droits humains n’ont pas de prix » pour sa partie francophone), coordonnée par les coupoles de coopération internationale CNCD-11.11.11 et 11.11.11.