La pression de la société civile oblige SIAT à réagir

A Zaventem, ce 22 juin, une délégation africaine devant le siège de l'entreprise belge SIAT pour.... (Crédit : © Arnaud Ghys
Crédit : © Arnaud Ghys

Une délégation de communautés d’Afrique de l’Ouest était à Bruxelles en juin pour dénoncer l’accaparement de leurs terres par une entreprise belge nommée SIAT. L’attention médiatique et politique autour du cas a obligé l’entreprise à réagir : SIAT s’est notamment engagée à organiser des rencontres avec les communautés dans les différents pays pour écouter leurs revendications.}

Plusieurs membres de la Coalition contre la faim (Entraide et Fraternité, FIAN, AEFJN, CNCD-11.11.11.) en collaboration avec le réseau CIDSE ont récemment accompagné la venue d’une délégation de communautés de Côte d’Ivoire, du Ghana et du Nigéria afin de mener plusieurs activités de plaidoyer pour défendre leurs droits face à l’entreprise SIAT (Société d’investissement pour l’agriculture tropicale). Bien que le contexte soit différent dans les trois pays, tous s’accordent pour dire que l’acquisition des terres par SIAT en vue de produire du caoutchouc et de l’huile de palme est problématique, et que plusieurs de leurs droits sont bafoués [1].

SIAT fait partie des cinq grandes entreprises qui contrôlent à elles seules 75% des plantations de palmiers à huile en Afrique. Elle vend ses produits à base d’huile de palme à de grandes multinationales telles qu’Unilever et Nestlé, et ses produits en caoutchouc alimentent les chaînes d’approvisionnement de géants internationaux du pneumatique tels que Michelin et Goodyear [2].

Les cinq membres de la délégation ont pu apporter leurs témoignages à différents échelons politiques. La Coalition contre la faim a pu organiser des rencontres avec des partis politiques, des parlementaires belges et européens pour aborder la nécessité d’une législation ambitieuse sur le devoir de vigilance et la responsabilité des entreprises. Une rencontre s’est également tenue avec le ministère des Affaires étrangères afin de rappeler que la Belgique peut user également des instruments de la diplomatie pour débloquer des situations où les pouvoirs locaux et les entreprises belges font parfois la sourde-oreille aux doléances des populations locales.

C’est d’ailleurs pour faire entendre la voix des communautés aux responsables de SIAT qu’une mobilisation s’est tenue devant le siège de l’entreprise belge le 22 juin 2022. Lors de cette action, une lettre à l’attention des dirigeants de la société a été remise. Il s’ensuit que l’entreprise s’est engagée à envoyer une délégation dans les trois pays concernés afin de rencontrer les communautés dans le courant du mois de novembre.

Loin de résoudre entièrement la situation, cette mission crée une avancée pour les communautés s’estimant lésées par les activités de SIAT et qui peinent à être entendues par leurs responsables. Cependant, ces dernières ne doivent pas être les seules à se battre pour faire respecter leurs droits. C’est pourquoi il importe que nos responsables politiques belges et européens fassent aboutir les processus législatifs actuellement en discussion pour rendre contraignante la responsabilité des entreprises.

[1Entraide et fraternité, Terres volées. Les droits des paysans bafoués par les filiales de l’entreprise belge SIAT, 21 juin 2022

[2CIDSE et alii, The case of SIAT’s subsidiary, in Ivory Coast, p. 5, juin 2022